Journaliste, photographe, pédagogue et bâtisseur d’institutions, Bernard Perrine (1938-2023) fut l’une des grandes figures de la photographie française du XXe siècle, intimement lié à l’histoire d’Arles.
Des débuts entre science et image
Né à Elbeuf en 1938, Bernard Perrine mène d’abord des études universitaires scientifiques et artistiques avant que la photographie ne s’impose comme une évidence. Peu séduit par le monde académique de la recherche, il choisit de devenir photographe, collaborant à la presse magazine et à l’édition sur des sujets de société, d’art et de musique contemporaine, tout en développant en parallèle un travail personnel d’auteur.
Dès 1961, à Caen, il organise la première exposition internationale d’art photographique, une initiative précoce qui annonce déjà l’infatigable organisateur qu’il deviendra.
Rédacteur en chef du magazine Le Photographe
Journaliste indépendant, Bernard Perrine dirige la rédaction du magazine Le Photographe pendant plus de vingt-cinq ans. Il y accompagne les professionnels de l’image à travers les grandes mutations techniques du secteur, de l’argentique au numérique. En 1987, il crée également le magazine Video Broadcast.
Homme engagé pour la reconnaissance de sa profession, il préside le Syndicat National de la Presse Photo et Vidéo de 1990 à 2004, occupe la vice-présidence de l’Association pour la Promotion de l’Image ainsi que celle de la Société Française de Photographie entre 1993 et 2004.
Un des bâtisseurs des Rencontres d’Arles
C’est en 1973, à la demande de Lucien Clergue, que Bernard Perrine rejoint l’aventure naissante des Rencontres internationales de la photographie d’Arles, dont il supervise l’organisation. En 1977, il en devient le directeur, aux côtés de figures fondatrices telles que Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier.
Il contribue ainsi à transformer une manifestation naissante en un rendez-vous international incontournable de la photographie, qu’il continuera d’accompagner comme commissaire d’expositions et de colloques jusqu’à la fin de sa vie, restant fidèle aux Rencontres jusqu’en 2023. En 1981, à la demande du ministre de la Culture Jack Lang et avec Michel Guy, il organise « Les États généraux de la photographie », moment clé dans la reconnaissance institutionnelle du médium.
Conseiller des Journées de l’Image Pro d’Arles
Entre 1986 et 1998, Bernard Perrine met son expérience au service des Journées de l’Image Pro d’Arles (JIP), événement international et avant-gardiste consacré à la photographie professionnelle, en lien avec le magazine Le Photographe dont il assure la direction. Il y accompagne les professionnels dans l’appropriation des nouvelles technologies de l’image, à un moment charnière où le numérique commence à bouleverser les pratiques du métier.
Un pédagogue et un passeur
Parallèlement à son parcours de journaliste et d’organisateur, Bernard Perrine a formé plusieurs générations de photographes. Avec son ami Jean-Pierre Sudre, il crée en 1968 le département photographie de l’École supérieure d’Art Graphique de Paris, puis participe à la création du centre de photographie du département Communication visuelle et audiovisuelle de l’École supérieure d’art de Marseille-Luminy, où il obtient en 1975 la charge de l’enseignement de la photographie. Il enseigne également à l’université Paris I et Paris VIII, et siège au conseil d’administration de l’École nationale supérieure Louis-Lumière.
Spécialiste des nouvelles techniques de l’information et de la communication, il est l’auteur de La photographie saisie par le cyberspace, réflexion précoce sur l’impact du numérique sur le médium photographique.
Une reconnaissance institutionnelle
Membre correspondant de l’Académie des beaux-arts, Bernard Perrine y collabore régulièrement à la rédaction de la Lettre de l’Académie. Ses photographies sont conservées dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, ainsi que dans les musées Cantini et Réattu, aux côtés de nombreuses collections particulières.
Photographe de terrain autant que théoricien de l’image, il documente en particulier les événements de Mai 1968, dont il tire une exposition marquante, « Mai 1968, la mère des expositions », présentée en 2008. L’année suivante, il est commissaire invité des Rencontres d’Arles.
Une mémoire vivante de la photographie
Jusqu’à sa disparition en 2023, Bernard Perrine reste un témoin précieux de l’histoire de la photographie française, capable de raconter, de l’intérieur, la naissance des Rencontres d’Arles, l’essor des Journées de l’Image Pro et les grandes mutations techniques qui ont transformé le métier. Sa dernière apparition publique aux Rencontres d’Arles, retracée dans l’entretien vidéo « Mon Arles », résume avec la même passion intacte cette trajectoire hors du commun, entre presse spécialisée, enseignement et défense institutionnelle de la photographie.
Bernard Perrine (1938-2023), une figure essentielle de la photographie française, dont l’héritage continue d’irriguer Arles et ses grands rendez-vous de l’image.
Vous souhaitez valoriser votre activité ? Découvrez la réalisation de vidéos d’entreprise à Arles, dans le Pays d’Arles et les Alpilles par FacePro.
